Pendant longtemps, Google a été le grand distributeur d’audience des médias en ligne. Mais depuis un an, la machine ralentit nettement. En 2025, les éditeurs ont encaissé une chute massive de trafic venant de la recherche… et les signaux laissent penser que la pression va continuer. Décryptage, chiffres à l’appui, et pistes concrètes pour s’adapter sans paniquer.
DANS CET ARTICLE
Un décrochage net du trafic : les chiffres qui résument 2025
Le Reuters Institute for the Study of Journalism (rapport Journalism, Media, and Technology Trends and Predictions 2026, Nic Newman) s’appuie sur des données Chartbeat (plus de 2 500 sites) et observe une baisse marquée des visites issues de Google entre novembre 2024 et novembre 2025.
Voici les variations de trafic référent sur un an :
Google Search : -33% dans le monde, -38% aux États-Unis, -17% en Europe
Google Discover : -21% dans le monde, -29% aux États-Unis, -18% en Europe
Toutes sources externes (all referrals) : -24% dans le monde, -28% aux États-Unis, -19% en Europe
Facebook : +9% dans le monde, +23% aux États-Unis, +5% en Europe
X : +15% dans le monde, +29% aux États-Unis, -22% en Europe
Même si certaines plateformes sociales remontent ponctuellement, la dynamique globale reste à la baisse. Et quand Google ralentit, l’impact est tout de suite violent.

Pourquoi Google “rend” moins de clics ?
Le facteur qui revient le plus souvent, c’est la transformation de la recherche en interface de réponse. Avec les AI Overviews (résumés générés par IA dans les résultats), l’utilisateur obtient une synthèse directement dans Google, souvent sans cliquer.
Sur certaines requêtes, c’est presque logique : météo, programmes TV, “comment faire…”, comparatifs rapides, définitions, etc. Ce sont justement les contenus “utilitaires” qui semblent les plus touchés. Quand la réponse tient en quelques lignes, l’étape “je vais lire l’article complet” saute de plus en plus souvent.
Autrement dit : ce n’est pas seulement un souci de positionnement SEO. C’est un changement de comportement… encouragé par l’interface.
Le vrai risque : un web qui ressemble à du “zéro clic”
Le rapport ne parle pas d’apocalypse immédiate, mais la trajectoire inquiète clairement les dirigeants de médias. Dans l’enquête menée auprès de 280 responsables de 51 pays, les répondants anticipent une baisse moyenne de plus de 40% du trafic venant des moteurs d’ici trois ans, avec une partie d’entre eux qui redoute des pertes encore plus lourdes.
Même sans tomber dans le fantasme du “Google Zero”, le message est clair : compter sur le search comme principale perfusion d’audience devient dangereux.
Discover n’est plus le filet de sécurité qu’on imaginait
Beaucoup de médias s’étaient “rassurés” avec Google Discover, surtout sur mobile. Problème : Discover recule aussi, avec des baisses notables sur les trois zones (monde / US / Europe). C’est important, parce que Discover est souvent un levier majeur quand on a une audience mobile forte.
Et c’est aussi un rappel : quand la distribution dépend d’une plateforme, elle peut changer de forme très vite.
Les réseaux sociaux : un sursis, pas une solution
Le graphique montre des hausses sur Facebook et X dans certaines zones en 2025… mais ça ne dit pas tout.
Sur une période plus longue, Chartbeat (repris dans le rapport) souligne que les referrals issus de Facebook et X ont fortement chuté sur les dernières années. Donc oui, on peut avoir des rebonds ponctuels, mais la tendance structurelle reste compliquée : les plateformes privilégient les formats “à consommer dans le feed”, surtout la vidéo, et beaucoup moins le clic sortant.
En clair : les réseaux peuvent aider, mais reconstruire un modèle d’audience uniquement là-dessus, c’est fragile.
Comment les éditeurs réagissent : déplacement vers la vidéo… et vers les plateformes IA
Face à la baisse du search, les priorités bougent :
YouTube devient la plateforme où les éditeurs prévoient d’investir le plus en 2026
TikTok et Instagram restent très travaillés pour toucher les audiences plus jeunes
Les plateformes IA (ChatGPT, Gemini, Perplexity…) deviennent un nouveau sujet de distribution à explorer, même si aujourd’hui leur apport en trafic reste faible
Ce point est intéressant : beaucoup d’éditeurs n’attendent pas des miracles immédiats de l’IA côté trafic, mais ils veulent “être là” quand les usages basculeront vraiment.
Le pivot éditorial : miser sur ce que l’IA résume mal
Là où le rapport est assez lucide, c’est sur les choix de contenus.
Les éditeurs disent vouloir renforcer :
les enquêtes et le reportage terrain
l’analyse, le contexte, l’explication
les histoires humaines et les angles incarnés
la construction de communautés (newsletters, événements, formats récurrents)
Et réduire :
le journalisme de service (trop facilement “résumable”)
l’evergreen standardisé
une partie de l’actu généraliste qui devient une commodité dans les chatbots
Traduction “terrain” : si ton contenu est interchangeable, une IA peut le servir à la place de ton site. Si ton contenu a une valeur propre (expertise, accès, enquête, voix), il garde une raison d’exister.
Ce que ça change pour le SEO : moins de “position”, plus de “preuve”
Le SEO ne disparaît pas, mais il change de nature. Quelques idées très concrètes :
Penser “être cité” autant que “être premier”
Quand les réponses s’affichent dans Google ou dans un chatbot, la visibilité passe aussi par la citation de la source.Renforcer les signaux de confiance
Auteur identifié, expertise visible, méthodologie, données sourcées, dates claires, mise à jour… Ça compte autant pour les humains que pour les systèmes qui synthétisent.Structurer pour l’extraction
FAQ, définitions propres, tableaux, points clés, balisage, pages auteur… Ce n’est pas glamour, mais c’est ce qui aide les moteurs (et les IA) à comprendre et reprendre proprement.Arrêter de courir toutes les requêtes “faciles”
Si un contenu peut être remplacé par une réponse en 5 lignes, il faut au moins se demander : “Est-ce qu’on a un angle ou une valeur qui justifie l’effort ?”Revenir au direct
Newsletter, abonnements, communauté, événements : ce n’est pas juste “du marketing”, c’est une assurance-vie quand les plateformes resserrent le robinet.
Google change de métier, les médias doivent changer de réflexes
On n’assiste pas seulement à une baisse de trafic. On assiste à un changement de contrat : les plateformes répondent, résument, gardent l’utilisateur… et renvoient moins.
La bonne stratégie n’est pas de tout jeter, ni de faire semblant que rien ne change. C’est de se repositionner : moins de contenu “commodité”, plus de contenu distinctif, plus de formats (vidéo/audio), plus de relation directe. Et côté SEO, accepter que la bataille ne se joue plus uniquement sur le clic, mais aussi sur la confiance, la citation et la présence dans les nouvelles interfaces.
Source :
